C’est dans les moments de grands débats nationaux que l’on distingue réellement, sur la scène politique congolaise, ceux qui ont acquis une formation scientifique rigoureuse de ceux qui se sont simplement improvisés scientifiques ou professeurs.
Comment peut-on se réclamer du monde scientifique tout en étant incapable de comprendre une analyse méthodique portant sur une question aussi fondamentale que la révision ou le changement de la Constitution ?
En principe, le débat sur la révision ou le changement de la Constitution devrait s’inscrire dans le cadre des théories scientifiques, juridiques et politiques. Il devrait être nourri par des arguments, des analyses comparatives et une réflexion rationnelle sur l’organisation de l’État.
Malheureusement, dans un contexte où la flatterie et les intérêts immédiats priment souvent sur la rigueur intellectuelle, la science finit par devenir comme un
officier sans arme :
présente, mais privée de sa capacité d’influence.
À cet égard, le professeur Modeste Bahati Lukwebo, universitaire et scientifique reconnu, s’est exprimé sur une question qui relève par essence du débat académique et politique : celle de la révision ou du changement de la Constitution en République démocratique du Congo.
Son analyse est connue : la RDC ne souffre pas tant d’un problème de textes que d’un problème d’hommes capables de respecter et de faire respecter les textes existants.
Une telle position, que l’on y adhère ou non, relève d’une réflexion parfaitement légitime dans une République démocratique.
Elle ne constitue ni une provocation politique ni une remise en cause des institutions. Elle s’inscrit plutôt dans une lecture scientifique et institutionnelle d’une question majeure pour l’avenir de l’État.
Il est d’ailleurs important de rappeler que cette prise de position s’inscrit implicitement dans un échange intellectuel avec une autre lecture du même problème, notamment celle du professeur Évariste Boshab.
Dans toute société démocratique, lorsque deux scientifiques abordent une même problématique sous des angles différents, la réponse attendue est un débat d’arguments, une confrontation d’analyses et une élévation du niveau de la réflexion publique.
Or, ce que nous observons malheureusement dans certaines réactions de la classe politique congolaise est tout le contraire.
Incapables d’opposer des arguments solides à la thèse du professeur Bahati Lukwebo, certains ont choisi la facilité des attaques personnelles, des insinuations malveillantes et des jugements à l’emporte-pièce.
Ce glissement du débat intellectuel vers la polémique personnelle est profondément regrettable. Il révèle, au fond, une faiblesse préoccupante de la culture du débat politique dans notre pays, où l’argument scientifique devrait pourtant être la base de toute discussion sérieuse sur l’avenir des institutions."
Lobi Liévin

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